Ligue des femmes du Québec

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santé

Crédibilité

L’homéopathie n’a pas d’efficacité spécifique et est, au total, comparable à un placebo, conclut une étude publiée dans la revue médicale The Lancet en août 2005.
Nous avons invité chroniqueurs et professionnels à prendre leurs distances face à ces produits :

Madame Carole Vallières                                                                                   2006 07 05
LE DEVOIR
2150 De Bleury, 9e 
Montréal (Qué) H3A 3M9

Objet : Médecine moderne vs pensée magique

Madame,

J’aimerais vous féliciter pour le Prix d’excellence médiatique 2006 que vient de vous décerner l’Association des psychiatres du Québec et profiter de l’occasion pour revenir sur votre chronique du 3 juin dernier : « Histoires d’homéopathie » où vous citiez l’exemple d’un enfant qui pleurait à cause de coliques et auquel vous avez administré, à l’insu de ses parents, des granules homéopathiques.

Comme l'enfant ne pleurait plus cinq minutes plus tard, vous vous dites convaincue de l'efficacité de l'homéopathie. Pourtant, chaque jour, des millions d’enfants à travers le monde souffrent de coliques, ce qui les fait pleurer un certain temps, puis, sans recours à l’homéopathie, les chers trésors finissent par se calmer. 

Même ceux qu'on asperge d'eau bénite ou ceux à qui on administre la fessée finissent par se calmer, ce qui ne prouve aucunement, vous en conviendrez, que les adultes devraient, pour raccourcir la durée des pleurs et avoir, comme vous dites, la paix, recourir à l'eau bénite ou à la fessée - ni a fortiori aux deux ensemble - de préférence à bercer le petit ou à le laisser s'endormir d'épuisement!

Si vous étiez, comme vous le prétendez, un tant soit peu pragmatique, en premier lieu, vous prendriez acte du fait que la loi et la prudence interdisent aux médecins, aux pharmaciens, comme aux infirmières, d'administrer des produits aux enfants sans le consentement des parents et vous n'auriez donc jamais eu la témérité d'agir comme aucun professionnel digne de ce nom ne le ferait sans risquer d'être réprimandé par un conseil de discipline, à moins d'être persuadée comme moi que le produit en question équivalait à de l'eau sucrée - autrement dit un placebo.

Deuxièmement, une véritable pragmatiste ne peut ignorer qu'il convient d'abord, avant de recommander l'ingestion d'un produit et avant d'affirmer qu'il agit mieux qu'un placebo, d'établir hors de tout doute, sur un grand nombre de sujets comparables, que le temps moyen des pleurs observés a été réduit d'un pourcentage significatif. Une fois cela acquis, il faut en outre prendre soin de s'assurer que le remède ne fasse pas plus de tort que le mal.

Or toute comparaison ne sera valable que si un diagnostic précis préside au choix d'un échantillon comportant plusieurs centaines d'enfants souffrant du même genre de coliques, ce qui complique les choses assez pour qu'on ne voie pas de sitôt un test sérieux pour évaluer le bien fondé de votre crédulité. 

Le cas des doigts coincés de votre fillette, que vous citez également, serait plus facilement testable. Ainsi, dans des tests rigoureusement contrôlés, pour disons 250 bobos comparables, on peut imaginer que par exemple 100 enfants soient mis sous observation pour mesurer combien de temps en moyenne ils vont se sentir souffrants avec ou sans granules homéopathiques administrées en sus de la glace que vous avez eu l'intelligence d'appliquer sur le bobo. Justement, l'effet analgésique du froid sur les systèmes vasculaires et nerveux n'est pas instantané, et on se demande pourquoi vous tenez tant à attribuer le soulagement aux granules plutôt qu'au résultat en différé du premier traitement que vous avez administré combiné à l'effet du temps écoulé?

Les pragmatiques privilégient la logique, ce qui les force à écarter les causes "tirées par les cheveux". Si la dilution, chère aux homéopathes, avait quelque chance de marcher, Bayer, Johnson&Johnson, Proctor&Gamble et tant d'autres auraient depuis longtemps multiplié leurs profits grâce à elle! Pensez-y, si le pâtissier met du rhum en proportions homéopahiques dans ses babas, vous allez le traiter de fraudeur, et avec raison!

De grâce, Madame, familiarisez-vous avec les méthodes qui permettent de tirer des conclusions valables et prenez vos distances vis-à-vis des produits qui n’ont pas fait leurs preuves et qui ne les feront jamais plus que l’eau bénite ni l’huile de Saint-Joseph.

Claudette Jobin
Présidente

c.c. Dr Brian Bexton, président de l’Association des médecins psychiatres du Québec
M. Bernard Descôteaux, directeur, Le Devoir


 

Monsieur Claude Gagnon                                                                                   2005 09 22
Président
Ordre des pharmaciens du Québec
266 rue Notre-Dame ouest, bureau 301
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Montréal (Qué) H2Y 1T6

 Dr. Yves Lamontagne
Président
Collège des médecins du Québec
2170 boul. René-Lévesque ouest
Montréal (Qué)  H3H 2T8

                                          OBJET : HOMÉOPATHIE - PROTECTION DU PUBLIC

 Monsieur le président de l’Ordre des pharmaciens du Québec,

Monsieur le président du Collège des médecins du Québec,

 Je vous félicite pour votre brochure «  Les produits de santé naturels- Parlez-en avec votre médecin ou votre pharmacien » visant à informer le public sur les interactions que pourraient avoir ces produits -dits naturels selon Santé Canada - avec d’autres substances.  Ceci est un pas dans la bonne direction mais vous ne devez pas vous arrêter en si bon chemin.

 En effet, Santé Canada fait place dans sa liste de produits de santé naturels - énumérés en page 3 de votre brochure - aux préparations homéopathiques.

 Or, une  récente étude  publiée dans  The Lancet  (2005 08 27; vol.366, no.9487) vient dégonfler le mythe de l’homéopathie. La conclusion de l’étude est limpide : l’homéopathie n’a pas d’efficacité spécifique et est, au total, comparable à un placebo.

 Au Québec, quand on propose au public crèmes, onguents et granules homéopathiques via des infirmières de CLSC, en échantillons gratuits dans certains hôpitaux et aux comptoirs d’ordonnance des pharmacies, on confère une  crédibilité  à des produits qui n’en ont pas fait leurs preuves et qui ne les feront vraisemblablement jamais plus que l’eau bénite et l’huile de Saint-Joseph que les professionnels dignes de ce nom n’ont jamais tenté de commercialiser.

Compte tenu des résultats de l’étude publiée par The Lancet, qu’entendez-vous faire dans les prochains mois pour vous distancier davantage de l’homéopathie et faire baisser la confusion dans le public?

 

Agréez, Messieurs, mes salutations distinguées.

 Claudette Jobin
Présidente

 


À l’Ordre des pharmaciens du Québec, ce sujet leur tient à cœur :