Ligue des femmes du Québec

Fondée en 1957

     
   

santé

Etc.

 

Monsieur Jean Charest                                                                                     2010 01 25
Premier ministre du Québec

                                                  Objet : Fécondation in vitro : encadrer avant de payer

 Monsieur le Premier ministre,

Québec offre actuellement  un crédit d’impôt de 50% des dépenses encourues pour des traitements de procréation assistée.

Aucun autre gouvernement en Amérique du Nord n'est aussi généreux que le Québec pour l’ensemble des traitements de procréation assistée, ce qui, à notre avis justifierait aisément de s'en tenir au statu quo en ce domaine tant que la preuve n'a pas été faite qu'aucune autre offre de service en matière de santé n'est plus prioritaire.

Pourtant, on nous annonce une décision d'aller plus loin en assurant  la gratuité des frais des trois premiers essais de traitements in vitro (FIV).

Vu le climat économique actuel, se pourrait-il que cette promesse d'augmentation de la gratuité soit le fruit, non d'une réflexion cohérente, mais d'interventions, certes bien intentionnées, quoique émotives et peu soucieuses de la vue d'ensemble, de célébrités comme Céline Dion ou Julie Snyder?

Si les commentaires sur la place publique  ont un poids considérable- et occasionnellement indu - dans la prise de décision de votre gouvernement, imaginez les réponses que vous pourriez être appelé à formuler pour faire taire l'indignation des commentateurs si un cas célèbre remontant à 1992 refaisait surface. Un cas que j'aimerais vous raconter...

Il s'agit de la naissance de quintuplés à l’Hôpital juif de Montréal en avril 1992.

La mère avait suivi un traitement de stimulation ovarienne. Les organismes communautaires et une paroisse libanaise s’étaient alors mobilisés  pour venir en aide au couple d’origine libanaise qui vivait alors de l’aide sociale à Dollard-des-Ormeaux. Vous pouvez imaginer les énormes frais publics encourus  pour le suivi de grossesse, l’accouchement et les soins médicaux  aux prématurés. 

Treize ans plus tard, La Presse titrait : Le père des quintuplés de Dollard-des-Ormeaux accusé d’avoir vendu des armes au Hezbollah (2005 08 11; Louise Leduc). Le père a  plaidé coupable devant un tribunal de l’Arkansas et purge actuellement sa peine aux Etats-Unis.

Depuis longtemps nous intervenons pour demander un encadrement qui n'est toujours pas en place. Le dossier ci-joint en fait foi.

Établir les priorités dans le financement des services de santé, cela n’est pas du ressort des vedettes de TVA ou de Las Vegas. De grâce, rajustez le tir.

 Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, mes salutations distinguées.

 La présidente,
Claudette Jobin

 

 

Monsieur Philippe Couillard                                                                     2006 08 11
Ministre de la Santé et des Services sociaux
Edifice Catherine-de-Longpré
1075 chemin Ste-Foy, 15e
Québec (Qué) G1S 2M1

Objet : Bars à narguilé et loi anti-tabac : la protection de la santé publique doit primer.

Monsieur le ministre,

Au lieu d’exempter les établissements où l’on fume le narguilé de la loi anti-tabac québécoise, vous auriez dû prendre exemple sur le Maroc pour faire une loi pour tous :

« C’est à cause du CO que les narguilés sont interdits, depuis 2002, dans les lieux publics au Maroc. Cependant, face à ce phénomène international, les narguilés restent autorisés dans les grands restaurants et les établissements touristiques. Au Québec, les volutes de narguilés planent dans les bars et les cafés alors que la cigarette y est interdite ». (Le Monde, 2006 08 08 : Une convivialité qui n’est pas sans danger).

En hygiène comme en santé publique, les microbes, virus, fumée de tabac au CO et au goudron transcendent toutes les cultures. Hâtez-vous donc, Monsieur le ministre, de mettre fin à cet accommodement qui nous ridiculise. La protection de la santé publique doit primer.

Agréez, Monsieur le ministre, mes salutations distinguées.


Claudette Jobin
Présidente

 


 
Docteur Philippe Couillard                                                                           2006 06 23
Ministre de la Santé et des Services sociaux
1075 chemin Ste-Foy, 15e
Québec (Qué) G1S 2M2 

Objet : Risques iatrogènes : campagne pour sauver des vies dans nos hôpitaux.

Monsieur le ministre,

Aux Etats-Unis, une vaste campagne pour faire baisser le nombre des décès consécutifs aux soins de santé dans les hôpitaux (erreurs médicales, infections, etc.) s’avère très positive : on estime avoir sauvé 122 300 vies en 18 mois parmi les 3100 hôpitaux participants. Elle est axée sur 6 secteurs d’intervention, avec des protocoles et des méthodes dont les acquis sont rapidement communiqués à l’ensemble des intervenants en santé.

Vous devez certainement avoir pris connaissance de cette excellente nouvelle annoncée sur le site Internet de l’Institute for Healthcare Improvement : http://www.ihi.org/ihi et analysée par le British Medical Journal ( no.332; 2006 06 03; copie ci-jointe de l’article).

Nos hôpitaux - qui ne sont pas si différents de ceux des Etats-Unis - ont besoin d’une telle campagne sur le comment éviter de nuire en soignant le malade. En plus de sauver des vies, cela va certainement aider à rationaliser la gestion de notre système de santé.

Veuillez agréer, Monsieur le ministre, mes salutations distinguées.

Claudette Jobin
Présidente


Il y a plusieurs années, nous avions présenté un mémoire à la Commission d'étude sur les services de santé et les services sociaux (Commission Clair).Voir page 366-367 de l'Annexe au rapport intitulé: “Les solutions émergentes- rapport et recommandations de la Commission”:

http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2000/00-109anx.pdf


Monsieur Michel Clair, président                                                        Le 21 septembre  2000
Commission d'étude sur les services de santé et les services sociaux
275, rue de l'Église
Québec (Qc)
  G1K 6G7

Monsieur le Président,

La Ligue des femmes du Québec remercie la Commission d'étude sur les services de santé et les services sociaux de l'occasion qui lui est offerte de participer à ses travaux de consultation sur l'avenir du régime public de santé.

Historiquement, comme on le sait, les femmes ont joué un rôle clé dans l'administration et la gestion des soins de santé dans ce pays. Mentionnons pour mémoire que sont les Augustines qui fondèrent en 1639 le premier hôpital au nord du Mexique, l'Hôtel-Dieu de Québec, conçu et commandité par la duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu. Peu après, la marquise de Bullion consacrait une fortune à financer Jeanne Mance et l'Hôtel-Dieu de Montréal.

Plus de trois siècles et demi plus tard, les femmes constituent encore et toujours la grande majorité des ressources humaines du réseau de la santé, tout comme des usagers.

La Ligue des femmes du Québec propose pour réflexion aux membres de la Commission des considérations sur l'organisation des soins et l'équité qui ne semblent pas avoir reçu jusqu'à maintenant l'attention nécessaire:

1)      Risques iatrogènes

2)      Formation professionnelle

 

1)   Risques iatrogènes : les femmes sont 50% plus à risque que les hommes

Un rapport de l’ Institute of Medicine présenté au Sénat américain le 25 janvier 2000 par le Dr. Lucian Leape de Harvard, dont la déclaration est reproduite en annexe, indique qu'aux USA, chaque année, au moins un million d'accidents et environ 100 000 décès sont attribuables à des erreurs médicales.

En Amérique du Nord, les soins de santé se placent donc parmi les principales causes de décès, avant les accidents de la route, le cancer du sein ou le SIDA.

Il n'y a aucune raison pour que les risques iatrogènes soient moins élevés au Québec qu'aux USA.

En nous fondant sur les chiffres américains et sur le fait qu'on rencontre 60% de femmes et 40% d'hommes dans les hospitalisations de courte durée dans les hôpitaux généraux et spécialisés au Québec, on peut évaluer  à environ 1 500 le nombre de femmes qui meurent chaque année au Québec, victimes des soins prodigués en milieu hospitalier.

Pour illustrer l'ampleur du risque que courent les femmes lorsqu'elles se font hospitaliser, rappelons en comparaison que, selon le rapport du Ministère de la Sécurité publique, 21 femmes furent victimes d'homicides et 37 femmes furent victimes de tentatives de meurtre attribuables à la violence conjugale, en 1998, au Québec.

Disons-le clairement, les risques iatrogènes sont inhérents à la pratique médicale: la puissance de la médecine moderne l'a rendue plus dangereuse et plus complexe d'où l'augmentation rapide des risques d'erreur causant infirmité ou décès.

S'abstenir de recourir à la légère à des actes médicaux reste une bonne façon de baisser le risque et de dégager des ressources pour améliorer les chances de réussite des interventions qui sont indispensables.

La Commission voudra sûrement recommander que des efforts systématiques soient entrepris pour corriger une situation où il importe de rechercher des solutions à appliquer rigoureusement plutôt que des coupables à pointer du doigt, car les procédés et les méthodes sont plus à blâmer que les individus pour les erreurs qui se produisent. Parmi ces efforts, une campagne visant à divulguer au public la fréquence des accidents en milieu hospitalier et les améliorations qu'on vise pourrait - qui sait - ralentir la fréquentation abusive des salles d'urgence et consoler les patients en attente de chirurgie élective, à peu de frais.

 

2)   Formation professionnelle : urgence d'améliorer l'équité pour la population du Québec

Québec est le seul endroit en Amérique où des universités, des hôpitaux et des collèges forment en français, pour travailler surtout en français, toute la gamme des professionnels de la santé.

Pour pouvoir comprendre et se faire comprendre des malades francophones, la majorité au Québec, avoir étudié à l'Université Laval, l'Université de Montréal ou l'Université de Sherbrooke n'a pas d'équivalent ni à Denver, ni à New York, ni à Toronto ou même à l'université McGill dont les hôpitaux universitaires tiennent les dossiers en anglais et fonctionnent en anglais.

Le soin qui incombe au Québec de former pour sa population les experts que nulle part ailleurs en Amérique on ne forme devrait être reconnu comme une priorité et financé en conséquence. Or c'est le contraire que l'on constate.

À Montréal, le ministère de la Santé verse au CHUM (Université de Montréal) un per diem de:

Hôtel-Dieu         582 $
Saint-Luc           547 $
Notre-Dame      605 $

tandis qu'il verse davantage au CUSM (Université McGill) pour chaque jour d'hospitalisation

Royal Victoria        668 $
Hôpital général       681 $

Il est d'autant plus inadmissible de payer moins cher pour les hôpitaux qui opèrent en français à Montréal qu'on y forme 4 fois plus de médecins qui font carrière au Québec que dans les hôpitaux universitaires rattachés à McGill. Où est l'équité?

Faire carrière au Québec a toujours été contraire aux ambitions des diplômés de McGill. C'est un fait bien établi. Gerald Clark,  qui fut directeur du  Montreal Star de 1968 à 1973, en parlait déjà en 1982 dans son livre Montréal, ses citoyens, son establishment :

        Des statistiques de l'université McGill révèlent que bien avant 1976 - en fait
       
depuis toujours, ou depuis que l'on dispose des statistiques de l'Association
       
des diplômés, entreprises au siècle dernier - 70 pour cent  des finissants ont 
déjà quitté le Québec dix ans après l'obtention de leur diplôme (p. 22).

Un coup d'oeil au tableau suivant permet de faire un rapide estimé du rendement de ces facultés au profit de la population québécoise. Des 14 347 membres du Collège des médecins du

Québec ayant fait leurs études de médecine au Québec, la répartition par université en 1998 était comme suit :

                        Faculté de médecine         Diplômés membres du Collège 
  Université de Montréal                       5 659  
  Université Laval                                 5 154  
Université de Sherbrooke                  1 842
 Université McGill                              1 692

Si l'on déduit de ces chiffres les membre du Collège résidant hors Québec, il ne restait que 1 305 médecins diplômés de McGill en service au Québec en 1998, soit MOINS DE 10 POUR CENT du total.

Quand on songe que la faculté de médecine de Sherbrooke, par exemple, n'a jamais bénéficié de budgets comparables à ceux de McGill, on peut déjà dire que son rendement au profit de la population québécoise est plusieurs fois supérieur à celui de McGill.

Nous invitons la Commission à dresser la carte de la distribution sur le territoire québécois des diplômés de chaque faculté pour mieux saisir les interrelations dynamiques de notre service de santé. Comme les étudiants de McGill qui restent au Québec sont concentrés à Montréal, on ne les rencontre à peu près jamais en Estrie, en Abititi, en Mauricie, au Saguenay ou en Gaspésie, là où la pénurie de médecins se fait le plus cruellement sentir.

Pour tenter de rectifier la situation, la Commission devrait commencer par produire les chiffres reliés à la formation des professionnels de la santé, incluant mais sans s'y restreindre, médecins, pharmaciens, techniciens, infirmiers, diététistes. Ces chiffres permettraient de connaître le

rendement comparatif de chaque institution et de rajuster les budgets en fonction des résultats et des priorités.

Tandis que la Métropole compte 3 hôpitaux pédiatriques dont 2 qui travaillent en anglais, en région l'accès à un pédiatre demeure encore problématique. Sans prétendre à un accès égal pour tous, il importe de prendre des mesures pour que les écarts les plus flagrants cessent. Chose sûre, cela ne se réglera ni par la privatisation ni par l'erre d'aller :  il faut des politiques cohérentes et une approche systémique reflétées dans les budgets conçus pour inciter fortement les institutions concernées à réviser leurs critères d'admission de manière à former des gens susceptibles de s'établir au Québec, spécialement en région, à la fin de leurs études.

Nous vous remercions, Monsieur le Président, de l'attention que les membres de la Commission et vous-même voudrez bien accorder à notre intervention et nous vous prions d'agréer l'expression de nos sentiments distingués.

Claudette Jobin
Présidente

 

Annexe   

Statement of Lucian Leape, M.D.
Member, Quality of Health Care in America
 
Institute of Medicine
  
           Adjunct Professor, Harvard School of Public Health

Concerning Patient Safety and Medical Errors   before the Subcommittee on Labor, Health and Human Services, and Education  - U.S. Senate  -     January 25, 2000

Good morning, Mr. Chairman and Senator Kennedy, and members of the committee. My name is Lucian Leape and I am a faculty member at the Harvard School of Public Health. I practiced as a pediatric surgeon for much of my career, but in recent years have focused my attention on research into medical errors. I am here today representing the Institute of Medicine's Committee on the Quality of Health Care in America which recently released the report To Err is Human: Building a Safer Health System.

In my testimony today, I will address two questions: 1) Why is health care so hazardous?    

 2) What needs to be done to improve safety?

Why is health care so hazardous?

Findings from several studies of large numbers of hospitalized patients indicate that each year a million or more people are injured and as many as 100,000 die as a result of errors in their care.

This makes medical care one of the leading causes of death, accounting for more lost lives than automobile accidents, breast cancer or AIDS. While these findings are not new, and some hospitals have improved their error reduction activities, clearly a much greater effort is needed to make health care safe.

No physician or nurse wants to hurt patients, and doctors, nurses, and other health workers are highly trained to be careful and take precautions to prevent mistakes. They are held and hold themselves to high standards. Paradoxically, it is precisely this exclusive focus on the individual's responsibility not to make mistakes, reinforced by punishment, that makes health care so unsafe.

The reason is that errors are seldom due to carelessness or lack of trying hard enough. More commonly, errors are caused by faulty systems, processes and conditions that lead people to make mistakes. They can be prevented by designing systems that make it hard for people to do something wrong and easy to do it right. Safe industries, such as aviation, chemical manufacturing, and nuclear power, learned this lesson long ago. While insisting on training and high standards of performance, they recognize these are insufficient to insure safety.

They also pay attention to factors that affect performance, such as hours and work loads, work conditions, team relationships, and the design of tasks to make errors difficult to make.

They create safety by design. Health care must do likewise.