Ligue des femmes du Québec

Fondée en 1957

     
   

espace femmes

Portraits

La Jeune Hélène
Hélène BoulLé et sa dot
LA RIGUEUR DU PAPE, L’EXPÉRIENCE DE LAURETTE…
LA RÉVOLTE DE ZÉPHIRINE
SOLANGE
LA SÉNATRICE LUCIE
AURORE
Christiane

 

Hélène BoulLé et sa dot

voir aussi La Jeune Hélène

 

Fin décembre 1610, Hélène Boullé rencontre Samuel de Champlain.
Elle a 12 ans, il en a 40.
Elle est protestante, il est catholique.
La famille Boullé est fortunée.
Le fondateur de Québec gagne à peine 200 livres par an, même s'il a déjà fait 5 aller-retours entre l'Europe et l'Amérique.
Parce que les profits de la traite des fourrures rentrent moins vite que prévu, son patron veut que Champlain investisse dans l'entreprise qui finance Québec.
Mais où donc ce vieux navigateur mal payé peut-il trouver une forte somme ?
En épousant une fille riche, c'est-à-dire Hélène dont la dot vaut 6000 livres - 30 fois les émoluments de Champlain!
De plus, les parents d'Hélène s'engagent à la faire baptiser catholique.
Le mariage à l'église aura lieu le lendemain.

Hortense et Flo ont imaginé pour vous la réaction d'Hélène quand elle découvre en présence de ses parents, de Champlain qu'ils viennent de lui présenter et du notaire, les termes du contrat de ce mariage arrangé...

 

«SIX MILLE LIVRES DE DOT» jouera pour vous si vous cliquez.  

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Hélène commente les termes du contrat

Six mill’ livr's de dot
- Généreus' cagnotte! -,
Six mill’ livr's de dot,
Pour qu’un homm’ de cet âge
Me demande en mariage?
Six mill’ livr's, vraiment,
Qu’il ramasse au passage
Six mill’ livr's, vraiment,
Ça dépasse l‘entendement!

Six mill’ livr's de dot,
Qui s’y piqu' s’y frotte!

Six mill’ livr's, pas moins,
C’est le prix de sa main,
Et de plus il faudra,
Mêm’ si j’ne touche rien,
Que j’abjure ma foi,
Eh bien voilà de quoi,
Six mille fois au moins,
Haïr la bienséance
Et maudir’ l’obéissance!

Six mill’ livr's de dot,
Qui s’y piqu' s’y frotte!

 

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LA RIGUEUR DU PAPE, L’EXPÉRIENCE DE LAURETTE…

presse pendant laquelle les évêques du Québec venaient de dénoncer "le crime abominable de l'avortement", Laurette s'est courageusement avancée au micro pour faire la mise au point que voici:
    "J'ai mis au monde et élevé cinq enfants, a-t-elle dit devant la presse et les porte-parole de l'épiscopat. J'ai également subi trois avortements pour terminer volontairement des grossesses qu'il ne me convenait pas de mener plus loin.
    Mon mari et moi cultivons les valeurs familiales mais nous savons qu'un enfant mérite d'être bien accueilli. Je vous entends dire que vous voulez sauver les femmes de prétendues séquelles psychologiques et physiques qui n'existent que dans les imaginations trop fertiles, croyez-en mon expérience.
    La petite masse de cellules qu'on retire lors d'un avortement est moins impressionnante qu'une dent que le dentiste arrache. Il ne s'agit pas d'une personne.
    Je garde ma compassion pour les vrais problèmes et les vraies personnes!"
    Gageons que la mère de Jean-Paul II, morte en couches* en 1929, aurait été entièrement d'accord.

*source: Marchessault, Guy, LE PAPE CHEZ NOUS Éditions Novalis Ottawa, 1983. 

    Laurette Chrétien-Sloan a présidé la Ligue des femmes du Québec de 1975 à 1985.
    La façon dont elle s'est toujours servi de son franc-parler est peu commune chez les femmes de sa génération .
    Lors d'un voyage à Bagdad en 1986, Laurette ne s'est pas gênée pour dire au reporter de la télé irakienne qui l'interviewait qu'elle déplorait la guerre Iran-Irak qui faisait rage depuis six ans, ajoutant que le temps lui semblait venu de faire cesser les atrocités.
    Quelques années plus tôt, au Centre Saint-Pierre de Montréal, lors d'une conférence de

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LA RÉVOLTE DE ZÉPHIRINE


 

        Dans sa biographie de Claude Ryan, parue en 1978 aux Éditions Quinze, Aurélien Leclerc raconte que la grand-mère maternelle de M. Ryan est morte dans son sang à quelques jours de la naissance de son troisième enfant, après s'être ouvert l'abdomen en tombant accidentellement.
        Augustine ne vécut donc que 35 ans, le temps de procréer un fils et une fille. Cette dernière, orpheline de mère dès l'âge de quatre ans, se prénommait Blandine et deviendra plus tard Mme Ryan, mère du maire, du juge et du politicien.
        Le père de Blandine avait l'habitude du veuvage mais n'en abusait pas, si bien qu'il ne tarda pas à s'engager dans un quatrième mariage.
        Pour faciliter les choses, il confia les deux enfants qu'il avait eu d'Augustine à leur grand-mère Zéphirine, mère d'Augustine, sa troisième chère disparue. De 1903 à 1910, Zéphirine Leblanc éleva ses deux jeunes petits-enfants.
        Elle-même avait accouché quatorze fois.
        Pour nourrir son mari, devenu aveugle deux ans après son mariage, et pour nourrir ceux de ses enfants que
les fléaux comme la diphtérie avaient épargnés, Zéphirine remplissait la triple tâche de postière, de banquière et de boutiquière du village.
        Les théories natalistes de son curé finirent par avoir raison du sang-froid et de la résignation de cette maîtresse-femme.
        C'est Blandine, devenue elle-même grand-mère, qui décrivit au biographe de son fils la scène inoubliable dans laquelle, transfigurée, Zéphirine s'inscrivit en faux publiquement contre le manque de jugement et le sadisme de ceux qui insistent pour ravaler la femme mariée au rôle de jument poulinière:

C'est au comptoir du bureau de poste que Zéphirine Leblanc affrontera le curé du village. On y parle alors d'enfants et le curé l'incite à en avoir d'autres malgré ses tâches multiples et son mari aveugle. Blandine nous dit: "Ce jour-là, elle enlève ses lunettes. Elle regarde le curé et lui dit: 'Vous avez fait une folle de moi assez longtemps, c'est fini, maintenant, je n'ai plus peur de vous.'"

        FINIE LA FOLIE nourrie de silence peureux et de passivité - une révolution aussi fertile que celle de Copernic venait de trouver son credo!

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SOLANGE

 

 

        Au milieu des années 1960, dans un collège pour filles de Westmount, Solange enseignait la biologie. 
        Sa tâche tenait Solange en classe huit heures par semaine avec des étudiantes âgées de dix-sept à vingt ans, dont la plupart venaient de familles aisées. Par contre, les patronnes avaient fait voeu de pauvreté et payaient plutôt chichement.
        Pour l'heure, Solange se souciait moins de gros sous que d'absences prolongées. Trois interruptions depuis peu - interruptions de présence en classe pour cause de grossesse qu'on va finir à la campagne avant de donner Bébé en adoption.
        Biologie oblige, si bien que Solange prit sur elle d'enrichir le programme du prochain cours qu'elle donnerait. Pour le préparer, elle s'arrêta à la pharmacie du coin.
        Quand les étudiantes sont entrées, elles ont eu la surprise de voir sur son bureau, un étalage de condoms, mousses, stérilets et pilules anovulantes. Quand les étudiantes sont sorties, elles savaient désormais le long et le large des moyens à leur portée pour ne pas subir d'interruption involontaire de leurs études.
        La semaine suivante, une note au babillard leur apprit que Vladimir, également professeur au collège, assurerait à compter de ce jour tous les cours de bio dispensés en classes de Philo I et II. Une délégation reçut de la maîtresse des études l'explication suivante au renvoi de Solange: "Nos budgets ne nous permettant pas de garder deux professeurs de biologie, nous avons gardé le plus qualifié."
        Durant la récréation, on discuta ferme et le consensus mit peu de temps à s'exprimer: Solange venait de perdre son gagne-pain parce que les religieuses ne lui pardonnaient pas d'avoir parlé de contraception en n'omettant rien des méthodes condamnées par le pape.
        Les plus déçues jurèrent d'aller au fond des choses.
        À force de ressasser l'affaire et de se questionner sur les avenues les plus prometteuses, il s'en trouva une pour suggérer d'aller vérifier les diplômes de Vladimir.
        Arrivé de Hollande quelques années plus tôt, il disait être en train de rédiger une thèse de doctorat à l'Université de Montréal. D'après les élèves, Solange était plus cohérente dans la transmission d'une matière qu'elle maîtrisait d'ailleurs beaucoup mieux que lui, même si elle n'avait qu'un diplôme de bac spécialisé à son crédit.
        En deux coups de fil, il apparut qu'aucun Vladimir n'était inscrit en biologie à l'université.
        Priée de prouver qu'elle avait bel et bien congédié le moins qualifié des profs de bio, la directrice des études produisit la lettre du secrétaire de l'université qui attestait la scolarité de Vladimir et son sujet de thèse.
        Devant l'insistance des élèves, elle dut loger un appel au secrétariat de l'UdeM qui demanda à voir la pièce à conviction. Par retour du courrier, le collège fut officiellement averti que l'attestation et la signature étaient fausses, tandis que le papier à lettres avait vraisemblablement été volé.
        Pour éviter le scandale, Vladimir ne fut pas poursuivi, mais Solange n'a pas été ré-embauchée.

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LA 

 

 

 

 

 

 

 

 

SÉNATRICE 

LUCIE

        La sénatrice Lucie a vu trembler les premiers candidats à la vasectomie de l'Hôpital Notre-Dame, à Montréal. À cause d'un surprenant concours de circonstances.
        Lucie gagnait alors sa vie en obstétrique-gynécologie et non en urologie où auraient dû se retrouver les patients masculins venus se faire stériliser volontairement et chirurgicalement.
        De toutes manières, la vasectomie avait longtemps été exclue du catalogue des services offerts par l'hôpital.
        Après les années soixante, la demande du public se manifesta de plus en plus ouvertement, mais l'insistance des patients n'y fit rien: pas un seul urologue de Notre-Dame n'osait encore se hasarder à pratiquer la chose. Ils se retranchaient en bloc derrière les tabous de l'époque qui prédisaient des calamités psychologiques sans fin aux vasectomisés. Pionnière du planning familial, la docteure Lise, patronne de Lucie, déplorait l'inaction de ses collègues urologues. Elle décida de les sortir de l'impasse par le plus court chemin qui se puisse concevoir, celui de l'évidence.
        Au conseil des médecins et dentistes de Notre-Dame, elle rappela qu'en regard des césariennes, des hystérectomies ou des ligatures de trompes, les vasectomies que ses collègues urologues boudaient par superstition appartenaient à l'enfance de l'art. Elle promit de prouver elle-même dans les faits que l'opération était simple comme bonjour et sans séquelles désastreuses.
        Désormais, on n’avait qu’à lui adresser ceux qui réclamaient une vasectomie et ils recevraient un traitement aussi professionnel qu’ailleurs.
        En bonne infirmière, Lucie, avec son affabilité habituelle, s'activa donc aux côtés de la docteure Lise, à rendre service aux patients qui venaient se faire opérer sans tambours ni trompettes - et sans s'attarder, preuve que le virage ambulatoire a été en partie mis au monde par des pionnières de leur trempe.

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Quand les femmes n'avaient pas le droit de prendre le volant ou d'aller dans les lieux de pouvoir...

AURORE

        Avec tout juste 1 mètre 50 de haut, Aurore n'en dépassait pas moins son père dont la taille était si courte qu’elle lui avait valu le sobriquet de Ti-pouce.
       Jeune veuve sans revenu et mère de deux enfants, Aurore habitait chez ses parents Elle n'y manquait de rien, sauf d'autonomie. Ses père et mère la traitaient en couventine: elle ne sortait pas sans leur permission, rentrait tôt et devait se plier sans discuter à toutes leurs exigences.
        Pourtant, dès 1929, ouvrant bien malgré elle la voie aux changements que le XXe siècle gardait en réserve pour les femmes, on vit Aurore au volant dans les rues de Montréal.
        L'idée venait de Ti-pouce qui n'avait plus les moyens de se payer un chauffeur depuis que ses placements boursiers avaient été du jour au lendemain aplatis par le crash.
        Presque vingt ans après l'achat de sa première voiture, il n'avait jamais conduit lui-même parce que ses jambes, trop courtes, n'arrivaient pas à rejoindre le frein ou l'accélérateur.
        Puisque son père refusait de se retrouver piéton, Aurore fut donc sommée d'apprendre à conduire. Avec l'irascible Ti-pouce comme navigateur, elle dut surmonter sa peur de l'auto. Soumise comme à l'habitude bien qu‘atterrée, Aurore s'installa au volant, au grand scandale de tous ceux - c'est-à-dire la majorité d'alors - qui prétendaient que conduire était une activité contraire à la nature des femmes.
        C'est ainsi que les effets conjugués de la crise économique et de la petite taille de son père permirent  à Aurore de faire à sa manière évoluer un tant soit peu la place réservée à toutes les femmes, présentes et futures.     

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C
H
R
I
S
T
I
A
N
E

        Dans les années 1970, avec d’autres experts, Christiane a négocié une nouvelle entente sur les eaux territoriales canado-américaines. À la fin des travaux, l’ambassadeur américain à Ottawa invita les deux équipes à fêter dans sa salle à manger privée du Rideau Club.
        Arrivée à ce lunch mémorable à l’heure convenue, Christiane s’est fait dire d’aller manger ailleurs par le portier. Seuls les hommes avaient accès à la salle à manger de l’ambassadeur. Une autre négociatrice canadienne se trouvait déjà bloquée à la porte en vertu de la même règle d’exclusion.
        _"Pourtant, on a souvent vu des femmes au Rideau Club!" protesta un collègue masculin.
        Le portier précisa qu’à condition de passer par la porte de service, les femmes pouvaient être admises dans certaines parties du cercle privé, mais que la salle à manger de l’ambassadeur des États-Unis était dans une zone interdite aux femmes - sauf à la Reine et à sa Gouverneure-générale que le Rideau Club traitait en membres à part entière, en vertu du droit divin.
        Le négociateur en chef du Canada était un homme de principes. Si les Américains étaient tous admissibles dans la tanière de vieux garçons qu’était le Rideau Club, la présence de femmes dans son camp rendait impossible la participation de son équipe qu’il voulait au grand complet.
        _"Désolé, dans ces conditions les Américains mangeront entre eux pendant que nous irons ailleurs fêter le texte final en compagnie de nos deux collègues féminines."
        Christiane est une juriste formée à Montréal puis en Suisse. Chez elle, les belles manières ne dissimulent que charme et droiture, ce qui ne diminue en rien sa volonté bien arrêtée de gagner la guerre, quitte à perdre quelques batailles. Elle s’est interposée. A plaidé pour que les hommes se rendent à l’invitation des Américains. Il aurait été puéril de se froisser pour une erreur de logistique probablement imputable à la secrétaire de l’ambassadeur. Comment aurait-elle pu deviner que les réservations faites comme à l’accoutumée mettrait ses pieds et ceux de son patron dans de drôles de plats?
        _"Nous allons aller luncher de notre côté dans un restaurant voisin. Dites à l’ambassadeur que je lui enverrai notre note de frais, tiens. Et je compte sur vous pour nous la décrire par le menu, cette mystérieuse salle à manger."
        Les deux négociatrices se sont bien restaurées et sont revenues au travail avant le reste de l’équipe. Une d’elle a mis à profit le temps ainsi ménagé pour composer le numéro de téléphone du correspondant du magazine TIME.
        Quand l’article racontant la gaffe est paru, des députés de l’opposition ont demandé en Chambre si le moment n’était pas venu d’interdire que l’argent des contribuables serve à rembourser les frais de réception et de membership payés aux établissements qui traitaient les femmes en parias.
        Les règlements de l’auguste Rideau Club n’ont pas résisté à la menace d’un tel typhon. À l’assemblée générale suivante, les membres ont voté pour que les femmes soient admises.

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